
- Publié le : vendredi 8 mai
- Mots-clés : Allemagne; États-Unis; Ex-Urss; France; Histoire; International; Royaume-Uni; Seconde Guerre mondiale
- Commentaires : 8
- Source : tdg.ch
Comme les soldats de l’Armée rouge, les Occidentaux se sont aussi rendu coupables de viols de masse après la défaite allemande.
Un million ? Deux millions ? Il a toujours été très difficile de donner des chiffres exacts sur le nombre de viols en Allemagne après la défaite de 1945. « À l’époque, l’administration était incapable de relever ce genre de données », explique Miriam Gebhard, auteur d’un livre [1] remarquable sur le sujet paru au début du mois de mars, à l’approche des 70 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Avec ce best-seller, l’historienne a réussi à tordre le cou à une légende : celle du violeur russe. « C’est une image véhiculée pendant la guerre froide par la propagande occidentale contre l’Union soviétique », dit-elle. Or, selon elle, sur les 860 000 viols perpétrés par les « libérateurs », 500 000 ont été commis par les soldats de l’Armée rouge mais aussi 190 000 par les Américains, 50 000 par les Français et 30 000 par les Britanniques. « J’ai été surprise par l’ampleur des viols commis par les Occidentaux », lâche-t-elle.
Archives paroissiales
Faute de données officielles, Miriam Gebhard est allée puiser ses informations dans les archives des paroisses. Les curés des petits villages notaient minutieusement tous les événements de leur commune après la défaite. À Mossburg an der Isar (nord de Munich), par exemple, le curé Alois Schiml décrit des « viols systématiques » de la part des Américains. Les GI entraient dans les maisons et forçaient les hommes à quitter le logement. « Prises de panique, des femmes sautaient par les fenêtres », écrit-il dans son journal. « Dix-sept jeunes filles, abusées une ou plusieurs fois par des Noirs, ont été emmenées à l’hôpital », poursuit-il.
Les Afro-Américains n’étaient pas les seuls violeurs de l’armée américaine, insiste Miriam Gebhard. « Le racisme était encore très présent dans la société américaine. Les états-majors condamnaient donc surtout des Noirs », explique-t-elle. « Il était officiellement défendu de violer les Allemandes. Du côté russe, il y a même eu des exécutions », ajoute-t-elle.
Français logés chez l’habitant
Pour les soldats français, la situation était différente. « Ils logeaient chez l’habitant. On avait donc du mal à parler de viol parce que certains y voyaient des relations consenties », explique l’historienne. L’administration française n’ignorait pourtant pas le problème puisque ses fonctionnaires venaient en Allemagne pour annoncer que la France, qui avait besoin de main-d’œuvre, était prête à accueillir tous les enfants nés de ces viols.
L’historienne a également découvert que les Russes et les Américains avaient violé dans toute l’Europe pendant les campagnes de libération, les premiers en Pologne, en Hongrie et en Slovaquie, les autres en France.
Abusée pendant un mois
Pourquoi toutes ces années de silence ? « Après la guerre, il était difficile de parler des victimes allemandes. On risquait de passer pour quelqu’un qui cherchait à relativiser l’Holocauste. Par ailleurs, le viol n’avait pas encore clairement le caractère d’un crime dans notre société. Enfin, les victimes avaient honte », explique Miriam Gebhard. Pour en finir avec ce lourd silence, elle est allée écouter celles qui ont accepté de parler 70 ans après les faits.
Elfriede Seltenheim, par exemple, était âgée de 14 ans à la fin de la guerre lorsque les soldats soviétiques sont entrés dans son village à l’est de Berlin. Elle a été abusée pendant un mois par les Russes. Aujourd’hui, à 84 ans, elle veut que les jeunes générations sachent ce que cela signifie. « J’ai d’abord désappris à rire. Longtemps après, j’ai désappris à pleurer. Mais c’était impossible car si on peut vivre sans rire, on ne peut pas vivre sans pleurer. »
Dernier tabou
En Allemagne, aucune personnalité politique n’a encore osé parler du sujet. Il n’y a eu aucune indemnisation, le viol des femmes est ignoré dans les musées consacrés à la guerre et aucun représentant de l’Etat n’a encore évoqué dans un discours la douleur de ces victimes oubliées par l’Histoire. A l’occasion des 70 ans de la défaite allemande, Miriam Gebhard tente de briser avec ce livre l’un des derniers tabous de la Seconde Guerre mondiale.
Un million ? Deux millions ? Il a toujours été très difficile de donner des chiffres exacts sur le nombre de viols en Allemagne après la défaite de 1945. « À l’époque, l’administration était incapable de relever ce genre de données », explique Miriam Gebhard, auteur d’un livre [1] remarquable sur le sujet paru au début du mois de mars, à l’approche des 70 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Avec ce best-seller, l’historienne a réussi à tordre le cou à une légende : celle du violeur russe. « C’est une image véhiculée pendant la guerre froide par la propagande occidentale contre l’Union soviétique », dit-elle. Or, selon elle, sur les 860 000 viols perpétrés par les « libérateurs », 500 000 ont été commis par les soldats de l’Armée rouge mais aussi 190 000 par les Américains, 50 000 par les Français et 30 000 par les Britanniques. « J’ai été surprise par l’ampleur des viols commis par les Occidentaux », lâche-t-elle.
Archives paroissiales
Faute de données officielles, Miriam Gebhard est allée puiser ses informations dans les archives des paroisses. Les curés des petits villages notaient minutieusement tous les événements de leur commune après la défaite. À Mossburg an der Isar (nord de Munich), par exemple, le curé Alois Schiml décrit des « viols systématiques » de la part des Américains. Les GI entraient dans les maisons et forçaient les hommes à quitter le logement. « Prises de panique, des femmes sautaient par les fenêtres », écrit-il dans son journal. « Dix-sept jeunes filles, abusées une ou plusieurs fois par des Noirs, ont été emmenées à l’hôpital », poursuit-il.
Les Afro-Américains n’étaient pas les seuls violeurs de l’armée américaine, insiste Miriam Gebhard. « Le racisme était encore très présent dans la société américaine. Les états-majors condamnaient donc surtout des Noirs », explique-t-elle. « Il était officiellement défendu de violer les Allemandes. Du côté russe, il y a même eu des exécutions », ajoute-t-elle.
Français logés chez l’habitant
Pour les soldats français, la situation était différente. « Ils logeaient chez l’habitant. On avait donc du mal à parler de viol parce que certains y voyaient des relations consenties », explique l’historienne. L’administration française n’ignorait pourtant pas le problème puisque ses fonctionnaires venaient en Allemagne pour annoncer que la France, qui avait besoin de main-d’œuvre, était prête à accueillir tous les enfants nés de ces viols.
L’historienne a également découvert que les Russes et les Américains avaient violé dans toute l’Europe pendant les campagnes de libération, les premiers en Pologne, en Hongrie et en Slovaquie, les autres en France.
Abusée pendant un mois
Pourquoi toutes ces années de silence ? « Après la guerre, il était difficile de parler des victimes allemandes. On risquait de passer pour quelqu’un qui cherchait à relativiser l’Holocauste. Par ailleurs, le viol n’avait pas encore clairement le caractère d’un crime dans notre société. Enfin, les victimes avaient honte », explique Miriam Gebhard. Pour en finir avec ce lourd silence, elle est allée écouter celles qui ont accepté de parler 70 ans après les faits.
Elfriede Seltenheim, par exemple, était âgée de 14 ans à la fin de la guerre lorsque les soldats soviétiques sont entrés dans son village à l’est de Berlin. Elle a été abusée pendant un mois par les Russes. Aujourd’hui, à 84 ans, elle veut que les jeunes générations sachent ce que cela signifie. « J’ai d’abord désappris à rire. Longtemps après, j’ai désappris à pleurer. Mais c’était impossible car si on peut vivre sans rire, on ne peut pas vivre sans pleurer. »
Dernier tabou
En Allemagne, aucune personnalité politique n’a encore osé parler du sujet. Il n’y a eu aucune indemnisation, le viol des femmes est ignoré dans les musées consacrés à la guerre et aucun représentant de l’Etat n’a encore évoqué dans un discours la douleur de ces victimes oubliées par l’Histoire. A l’occasion des 70 ans de la défaite allemande, Miriam Gebhard tente de briser avec ce livre l’un des derniers tabous de la Seconde Guerre mondiale.
Notes
[1] « Als die Soldaten kamen » (Quand les soldats sont arrivés).Voir aussi, sur E&R :
Cet article a été vu 5815 fois Popularité : 30 Commentaires : 13 |
Viols d’enfants par des militaires états-uniens : la Colombie ouvre une enquête

- Publié le : vendredi 8 mai
- Mots-clés : Colombie; États-Unis; International; Justice
- Commentaires : 1
- Source : 24heures.ch
Entre 2003 et 2007, au moins 54 mineures auraient subi des abus sexuels en Colombie de la part de soldats et mercenaires envoyés dans ce pays sud-américain par l’armée des États-Unis.
Certains d’entre eux auraient même filmé ces actes et revendu les vidéos. Voilà ce qui ressort d’un rapport élaboré par la Commission historique sur le conflit et ses victimes, mandatée par le gouvernement dans le cadre des discussions de paix avec la guérilla marxiste des FARC.
Le texte, rédigé par l’historien Renan Vega, affirme également qu’aucun des responsables de ces abus n’a été poursuivi en justice à cause « des accords bilatéraux » signés entre Bogotá et Washington et de « l’immunité diplomatique » dont bénéficient en Colombie « les fonctionnaires des États-Unis ».
Le gouvernement colombien a annoncé cette semaine prendre au sérieux ces accusations. Le défenseur du peuple, Jorge Armando Otálora, a ainsi affirmé sa volonté de faire toute la lumière sur cette affaire. Quant à l’Institut du bien-être familial, il a appelé à rechercher les jeunes femmes abusées afin qu’elles puissent porter plainte et recevoir un appui psychologique fourni par l’État.
Cité par le quotidien colombien El Tiempo, l’ambassadeur des États-Unis en Colombie, Kevin Whitaker, a déclaré que son pays ne permettait en aucun cas ce genre de conduite et que son ambassade « travaille de près avec les autorités colombiennes pour enquêter sur ces faits et prendre les sanctions disciplinaires nécessaires ». Un porte-parole de l’armée des États-Unis a cependant affirmé au site The Daily Beast qu’il n’existe pour l’heure « aucune preuve de tels crimes ».
Selon le rapport, les abus en question ont notamment eu lieu dans les villages voisins de Melgar et Girardot, situés à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Bogotá. Est notamment mentionné le viol, en 2007, d’une fillette de 12 ans par un sergent de l’armée des Etats-Unis et un mercenaire qui se trouvaient dans le pays sud-américain dans le cadre du Plan Colombie.
Contrairement aux autres cas mentionnés, celui-ci est connu depuis de longues années grâce au combat de la mère de la jeune fille, qui se bat pour que justice soit rendue à son enfant.
Outre les cas attribués à des militaires et mercenaires des États-Unis, le rapport mentionne aussi des abus sexuels commis par l’armée colombienne et les rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).
Selon El Tiempo, l’Unité des victimes a enregistré 8 394 cas d’abus sexuels (dont 88% concernent des femmes) commis par différents acteurs du conflit armé qui ravage la Colombie depuis des décennies.
Certains d’entre eux auraient même filmé ces actes et revendu les vidéos. Voilà ce qui ressort d’un rapport élaboré par la Commission historique sur le conflit et ses victimes, mandatée par le gouvernement dans le cadre des discussions de paix avec la guérilla marxiste des FARC.
Le texte, rédigé par l’historien Renan Vega, affirme également qu’aucun des responsables de ces abus n’a été poursuivi en justice à cause « des accords bilatéraux » signés entre Bogotá et Washington et de « l’immunité diplomatique » dont bénéficient en Colombie « les fonctionnaires des États-Unis ».
Le gouvernement colombien a annoncé cette semaine prendre au sérieux ces accusations. Le défenseur du peuple, Jorge Armando Otálora, a ainsi affirmé sa volonté de faire toute la lumière sur cette affaire. Quant à l’Institut du bien-être familial, il a appelé à rechercher les jeunes femmes abusées afin qu’elles puissent porter plainte et recevoir un appui psychologique fourni par l’État.
Cité par le quotidien colombien El Tiempo, l’ambassadeur des États-Unis en Colombie, Kevin Whitaker, a déclaré que son pays ne permettait en aucun cas ce genre de conduite et que son ambassade « travaille de près avec les autorités colombiennes pour enquêter sur ces faits et prendre les sanctions disciplinaires nécessaires ». Un porte-parole de l’armée des États-Unis a cependant affirmé au site The Daily Beast qu’il n’existe pour l’heure « aucune preuve de tels crimes ».
Selon le rapport, les abus en question ont notamment eu lieu dans les villages voisins de Melgar et Girardot, situés à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Bogotá. Est notamment mentionné le viol, en 2007, d’une fillette de 12 ans par un sergent de l’armée des Etats-Unis et un mercenaire qui se trouvaient dans le pays sud-américain dans le cadre du Plan Colombie.
Contrairement aux autres cas mentionnés, celui-ci est connu depuis de longues années grâce au combat de la mère de la jeune fille, qui se bat pour que justice soit rendue à son enfant.
Outre les cas attribués à des militaires et mercenaires des États-Unis, le rapport mentionne aussi des abus sexuels commis par l’armée colombienne et les rebelles des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC).
Selon El Tiempo, l’Unité des victimes a enregistré 8 394 cas d’abus sexuels (dont 88% concernent des femmes) commis par différents acteurs du conflit armé qui ravage la Colombie depuis des décennies.